MIMIZAN A L'HONNEUR

Le lundi 8 mai 2017 prochain Mimizan célèbrera, comme toutes les communes de France, l’Armistice de 1945, c’est-à-dire la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin de la deuxième guerre mondiale en Europe.

Cette année, la commémoration à Mimizan sera marquée par le rappel d’une spectaculaire opération commando qui s’initia à Londres en 1941, bénéficia de l’appui logistique d’un petit groupe de résistants mimizannais, fut mise en œuvre par les parachutistes de la 1re Compagnie de l’Air pour aboutir, le 8 juin 1941, à la destruction de la sous-station électrique de Pessac (au lieu-dit « Haut l’Évêque »). 

 

Bandeau Ope Josephine B

 

Rappelons les faits.

Après la déroute alliée de mai 1940, le rembarquement catastrophique des troupes britanniques à Dunkerque, la bataille pour la suprématie aérienne (Battle of Britain) gagnée de justesse, la survie de l’Angleterre à l’automne 1940 ne dépendait plus que de sa capacité à s’approvisionner par voie maritime, alors qu’elle perdait chaque jour des dizaines de navires marchands coulés par les sous-marins de la Kriegsmarine.

 

Transformateur Pessac 3

 Dans ce contexte de guerre maritime à outrance la sous-station de Pessac devient très vite, pour le War Office britannique, un objectif stratégique majeur.


Pourquoi ?

Parce qu’elle fournit en courant électrique la base sous-marine du Bacalan (qui abrite dès 1940 la flotte des sous-marins italiens) et, également, parce qu’elle alimente l’aérodrome de Mérignac où sont basés les redoutables avions de patrouille maritime à long rayon d’action, les Focke-Wulf Fw 200 Condor (qui renseignent la Kriegsmarine sur l’emplacement des convois alliés).

 

Comment neutraliser un tel objectif militaire, bien défendu, situé loin derrière les lignes ennemies ? On est là dans le domaine de la guerre non conventionnelle. Il faut former des parachutistes (rarissimes à l’époque), des spécialistes en explosifs, des opérateurs radio, imprimer des faux papiers, etc. Pour coordonner toutes ces compétences un organisme est mis en place par Winston Churchill dès le début de la guerre : le Special Operations Executive ou SOE. Pour les opérations en France occupée, il aura aussitôt un correspondant local français, le 2me bureau (devenu en octobre 1941 le Bureau Central de Renseignements et d’Action ou BCRA) dirigé par le Colonel André Dewavrin.

Toutefois les Britanniques ne font pas tout de suite confiance au BCRA, pas plus qu’ils ne font confiance aux forces françaises libres naissantes du Général de Gaulle.
Pour détruire la sous-station de Pessac ils envoient tout d’abord un commando composé de parachutistes Polonais. Mais cette opération, baptisée Joséphine A, sera un échec, le matériel de largage ayant dysfonctionné.

Début 1941, ils se décident enfin à confier une mission à la 1re Compagnie de l’Air dirigée par le capitaine Georges Bergé. C’est d’abord une mission en Bretagne (mission Savannah) mais, là encore, ce sera un échec, non que l’opération ait été mal préparée, mais l’objectif (un car de pilotes de la Luftwaffe) s’est avéré insaisissable.

Capitaine Bergé

Toutefois, dans les quelques jours disponibles avant le rembarquement en sous-marin vers l’Angleterre (prévu à St Gilles Croix de Vie), le capitaine Bergé prend l’initiative de descendre
sur Mimizan.

Dans la nuit du 22 au 23 mars 1941, il retrouve son père François Bergé et décide d'y organiser un petit groupe qui pourrait aider les parachutistes alliés en mission, récupérer les pilotes tombés; recevoir et cacher des armes, donner des renseignements sur les occupants.

Rentré en Angleterre, le capitaine Bergé rend compte de sa mission et précise la création d'un réseau d'accueil. Il dépeint aussi la topographie de la région : immense forêt, proximité de la mer, des lacs, bien visible par nuit de lune, donc favorable aux parachutages.
Il rédige un long rapport en français qui sera transmis au BCRA, puis au SOE, qui aboutira enfin sur le bureau de Winston Churchill.

 

Celui-ci, enthousiasmé, donnera aussitôt son accord au projet d’une nouvelle opération sur Pessac, désormais baptisée Joséphine B, qui s’appuiera sur le groupe de résistants de Mimizan (lieu que Winston Churchill connaît bien pour y avoir passé plusieurs séjours dans les années 30, à Woolsack chez le duc de Westminster).

 

Dans la nuit du 11 au 12 mai 1941 le commando des parachutistes de la 1re Compagnie d'Infanterie de l’Air envoyé par le SOE touche terre près de l’Estaleut (à proximité de l’actuel aérodrome de Mimizan). Il est composé de trois saboteurs qui sont: l'adjudant Jean Forman, les sergents André Varnier et Raymond Cabard. Deux containers de 30 à 40 kilos d'explosifs et d'armes les accompagnent.

Whitley

Le transport des hommes et du matériel vers Pessac est effectué à dos de mules à travers la forêt puis sur la camionnette au gazogène du commerçant résistant Renaud Pierre que conduit ce soir là René Labat. Malheureusement, à Cestas (soit à 8 km de l’objectif), la camionnette tombe en panne (cas fréquent). Consternation du groupe. Enfin, après avoir fureté aux alentours, deux brouettes sont trouvées "piquées dans une ferme", le reste du voyage se fait en se relayant aux brancards.

Arrivés sur place les trois membres du commando constatent que la sous-station est entourée d’une haute clôture parcourue en son sommet par une ligne à haute tension, donc infranchissable en l’état. Ils décident d’enterrer le matériel à proximité et de se séparer. Varnier et Cabard retournent sur Mimizan (chez François Bergé), tandis que Forman se charge de retrouver Joël le Tac, hébergé à Paris chez sa sœur depuis la mission Savannah.

Rue du Transformateur Pessac

 

S’appuyant sur des contacts sûrs à Bordeaux, Le Tac réunit toute l’équipe, les logeant soit à l’hôtel, soit chez des particuliers. Par ces contacts il se fait prêter des bicyclettes ce qui leur permet d’effectuer ensemble, le 4 juin 1941, une nouvelle reconnaissance de l’objectif à Pessac. Cabard s’aventure même jusqu’à aller interroger le gardien de la sous-station, ce qui lui permet de récupérer d’utiles informations sur les allées et venues des patrouilles allemandes.

 

 

Le commando revient sur place le surlendemain à la tombée de la nuit, équipé cette fois-ci d’une échelle démontable qui permet de franchir la clôture sans toucher la ligne à haute tension. Ils déterrent le matériel de sabotage, le reconditionnent et le transportent jusqu’à la sous-station. Forman escalade l’échelle, parvient à se glisser sans dommage sous les câbles à haute tension et saute dans la cour intérieure. De là il ouvre la porte d’accès et laisse passer ses camarades chargés d’explosifs et de détonateurs. En une demi-heure tout le matériel de sabotage est mis en place. La mise à feu est aussitôt enclenchée, réglée sur 10 mn. Les quatre membres du commando SAS ont à peine le temps de s’enfuir à toute allure sur leurs bicyclettes que les explosions surviennent. Ils regagneront néanmoins sans encombre leurs planques respectives dans le centre de Bordeaux. Mieux encore, dès le lendemain ils prendront l’autobus jusqu’à Mont-de-Marsan, d’où ils passeront en zone libre.

 

1455215003 fiche info pessac

Au-delà de ses résultats «militaires» l’opération Joséphine B aura eu des conséquences politiques en Angleterre méconnues en France. Le SOE critiqué de toutes parts par des services britanniques rivaux antérieurs (MI6) et même menacé de disparition, se voit définitivement conforté dans ses missions. La légitimité du général de Gaulle vis-à-vis des Britanniques en est sensiblement améliorée, ceux-ci comprenant enfin que, pour le renseignement et pour les opérations spéciales en France, le BCRA est incontournable. A partir de Joséphine B le duo SOE-BCRA mettra en place un gigantesque dispositif de soutien et de coordination de la résistance en France qui, à la fin de la guerre forcera l’admiration des généraux américains et du Président Eisenhower lui-même.

 

 

 

Malheureusement les résistants bordelais ont payé très cher le succès de Joséphine B. Enragée, la police vichyssoise locale, trouvera le moyen d’infiltrer leur réseau et de le démanteler entièrement. Souvenons-nous en, ils sont morts héroïquement.

Quant au groupe de résistants de Mimizan de la «première heure» constitué en mars 1941 de Jeanty Luxey, Renaud Pierre, Raoul Pierre, François Bergé, René Labat et Charles Froustey, il contribua à l’évacuation hors zone occupée de 200 à 300 personnes recherchées par l’occupant allemand pour leur confession religieuse, pour le STO, pour leurs activités clandestines, etc. A l’armistice, ils retrouvèrent discrètement leurs activités habituelles estimant qu’ils n’avaient fait que leur devoir.

 

Enfin la 1re Compagnie de l’Air des forces françaises libres évoluera durant tout le cours de la guerre intégrant d’abord le Special Air Service (ou SAS) britannique. Elle interviendra sur les arrières de l’Afrika Korps en Lybie, puis en Crète, en Tunisie, en France, en Belgique et en Hollande et comptera jusqu’à un millier de combattants français.